samedi 22 octobre 2011

Les cravates et la fin du pétrole

Je suis allée mardi dernier à une petite conférence dans le cadre de l'inauguration de la Maison du développement durable. C'est le Regroupement national des conseils régionaux de l'environnement du Québec (RNCREQ) qui parlait des "opportunités" qui se présentent dans une démarche pour mettre fin à notre dépendance au pétrole. Le RNCREQ coordonne l'organisation des Rendez-vous de l'énergie, qui auront lieu du 16 au 18 novembre prochain, à Shawinigan, sous le thème: "Peut-on imaginer le Québec sans pétrole. J'ai appris des chiffres intéressants:  le pétrole représente 38,2% de l'énergie consommée au Québec, et est à 100% importé..": . 

C'était particulier, parce qu'il était question des conséquences néfastes de notre dépendance au pétrole, du pic pétrolier, etc., tout ce dont parlent les mouvements de Transition et de la décroissance économique soutenable depuis longtemps.... mais dans une optique et avec le langage de la croissance économique.

Ça m'a beaucoup questionnée au début. Non, la croissance économique, c'est un leurre, c'est mal! 

Mais dans un deuxième temps, je me dis que c'est excellent que les écolos des conseils régionaux de l'environnement se mettent à parler le langage du monde des cravates, que des hommes à cravate (la majorité des intervenants de leur forum) se penchent sur la question de la fin du pétrole et de l'environnement. D'ailleurs, j'écris cela et la distinction est un peu ridicule entre "les écolos" et "les cravates": les cravates, ce sont mes oncles, mon père, certains de mes clients! Nous sommes tous dans le même bateau. Et avant qu'un homme à cravate, un Groulx-Petit comme dans Cité Carbone, se retrouve à aller manifester au Square-Victoria... tous les écolos de ce monde ont le temps d'apprendre le langage de la croissance économique. Simplement pour que ceux qui détiennent le pouvoir sur les rouages de l'effrayante machine qu'est le monde actuel puissent se sentir en sécurité - un élément de base pour être en mesure de s'ouvrir l'esprit. Pour que ceux qui font fonctionner la machine en pensant de bonne foi participer à l'évolution du monde puissent se libérer des illusions mentales puissantes (qui font interpréter comme des bonnes nouvelles des chiffres qui représentent en fait la destruction d'habitats naturels, par exemple), pour qu'ils puissent voir la réalité, peut-être faut-il parler leur langage?

Je conçois de plus en plus la dépendance à l'argent, au pouvoir qu'on doit ressentir quand on fait dynamiter des montagnes et déplacer des villages entiers pour creuser des mines, je la conçois comme une addiction, et ceux qui en souffrent, comme des junkies: déconnectés de la réalités, égoïstes, vides et avides. Comme le démontrait le film The Corporation: les grandes entreprises ont les caractéristiques des psychopathes. 

Mais finalement, on pourrait se retrouver avec des multinationales dont le but est de faire des profits pour ses actionnaires, mais qui feraient de l'énergie solaire, ou bien un train grande vitesse entre Montréal et Québec, ou bien des maisons chauffées par géothermie. Ça serait quand même mieux. Mais les autres démarches pour plus de partage resteront encore à faire...
À la conférence, un monsieur qui travaille dans le pétrole m'a acheté un exemplaire de Cité Carbone.
J'adore ça. Je ne veux plus considérer qu'il y a "eux" et "nous. Un mot m'a frappé au passage, récemment: non-dualité. Il n'y a pas "eux" et "nous", il y a une multitude de courants, de personnes, de situations singulières, et tout coexiste, et il en sera toujours ainsi. Non-dualité: accepter l'impossibilité de fixer les choses une fois pour toute, accepter l'impermanence, accepter de participer à une danse incontrôlable et dont le sens dépasse l'entendement mental.
Je vais aller jouer dehors.

jeudi 13 octobre 2011

99% - et si ça basculait pour vrai?

Je vous partage ici le message de mon ami Frédéric Lemire (celui qui a fait le dessin de la couverture de Cité Carbone). Son projet d'espace informatique d'expression et de réalisation des souhaits (ce sont mes mots) dont le lien est à la fin vous intéresseront peut-être... Et moi je vous reviens bientôt, ça mijote, ça bouillonne.

"Vous n'êtes sûrement pas sans avoir entendu parler du mouvement Occupy Wall Street, ou des « 99 % » dont on parle depuis bientôt un mois — on en parle mieux sur internet, il est vrai ; les grands médias font souvent semblant de ne pas comprendre…

C'est un mouvement sans précédent.  Cette fois, nous sommes ~tous ensemble~, à la grandeur de la planète, dans plus de 1600 villes !  Nous sommes le tout, et nous n'acceptons pas qu'une partie nous exploite, pas même si occasionnellement elle constitue la « majorité » !  Nous voulons que le tout de la vie soit considéré et respecté.  C'est un mouvement holistique plus encore qu'un mouvement populaire.

Depuis le début, le mouvement des 99 % n'a fait que grossir.  L'occupation du quartier des affaires de Wall Street, malgré quelques petites centaines d'arrestations, a grandi en nombre et se compte présentement par dizaines de milliers et croît encore.  Mais ce n'est pas tout !  Le mouvement se propage et c'est maintenant 1600 villes sur tous les continents (sauf l'Antarctique) qui se mobilisent ou occupent déjà leurs lieux symboliques.

Par ici, comme à bien d'autres endroits dans le monde, nous emboîtons le pas, dès ce samedi (15 octobre).   À Montréal en tous les cas (début à 13h), il est question pour certains de rester, de camper, comme à New York !

• Montréal (Carré Victoria) (http://occupymontreal.tk/, http://www.automnequebecois.com/mtl/)
• Québec (Place d'Youville, de 13h à 23h) (http://occupyquebec.wikispaces.com/)
• Trois-Rivières (Parc Champlain) (http://www.meetup.com/occupytogether/Trois-Rivieres-CA/)
• Saguenay (Parc du bassin) (http://www.meetup.com/occupytogether/Chicoutimi-CA/)
• Ottawa (?) (http://www.meetup.com/occupytogether/Ottawa-CA/)
• Verchères (?) (http://www.meetup.com/occupytogether/Vercheres-CA/)
• Sherbrooke (Intersection Frontenac et Wellington) (http://www.meetup.com/occupytogether/Sherbrooke-CA/)

Non, ce n'est pas une « manif » comme les autres.  C'est la sphère communicante de la planète qui se réveille, qui se lève et qui se prend en main.  Par le dialogue et la communication, les meilleures idées feront leur chemin !

Nous allons donc mettre nos idées sur la place et nous allons voir lesquelles seront retenues, évolueront. Il y a une conversation à l'échelle mondiale qui se fait présentement, avec des centaines et des milliers de participants et de commentateurs ^^ !

Passez le mot !  Invitez vos amis ! (La voie courrielle, le téléphone, la poste, le bouche à oreille ne sont pas à négliger !  Ce n'est pas tout le monde qui est sur Facebook ou Google+.  Parlez-en à vos amis, rameutez-les à votre occupation locale !)

Et venez en grand nombre participer aux assemblées  !

On insiste sur la non-violence, la communication constructive.

Voici le mot d'ordre lancé à Québec :

Nous sommes étudiant(e)s, travailleur(se)s et chômeur(se)s. Nous sommes des parents, des jeunes et des gens à la retraite. Nous sommes de tous les métiers, de toutes nationalités et de toutes religions. NOUS SOMMES 99% DE L'HUMANITÉ !

Le 15 octobre 2011, nous allons descendre dans les rues et prendre le contrôle des espaces publics du monde entier. De l'Amérique à l'Asie, de l'Afrique à l'Europe, nous nous mobilisons en ce moment même pour réclamer nos droits et exiger une vraie démocratie. Dans nos sociétés, le pouvoir décisionnel est entre les mains d'une élite gouvernante totalement insensible à la volonté de la majorité et complètement déconnectée de la réalité, s'enrichissant au prix de vies humaines et de la dégradation de notre environnement. Cette situation intolérable doit cesser. Unissons nos voix et nous leur ferons comprendre que nous ne sommes pas de vulgaires marchandises entre leurs mains. Le 15 octobre, nous descendrons dans la rue afin d'initier un changement mondial.

Il est temps de nous unir pour occuper, pour nous approprier l'espace public. Il est temps pour elles de nous écouter. Les peuples du monde entier feront entendre leurs voix le 15 octobre!

Tout récemment, le 17 septembre 2011, des centaines de personnes se sont réunies sur Wall-Street, au coeur du quartier financier New-Yorkais. Une semaine plus tard, il était clair que cette occupation n'était qu'une partie d'un tout plus grand. Maintenant, à travers le monde, des dizaines de milliers de citoyen(ne)s participent à de semblables occupations locales. Le 1er octobre, c'est plus de 200 villes majeures sur quatre continents qui se sont organisées avec les médias sociaux pour engendrer un mouvement sans précédent. Aujourd'hui, le 7 octobre 2011, à l'heure où ce manifeste est rédigé, plus d'un millier de communautés font partie du mouvement. Ces rassemblements sont le début d'un dialogue collectif où nous pourrons, tous ensemble, écrire le prochain chapitre de notre histoire, celui où figure une réelle démocratie participative plutôt qu'une oligarchie injuste et inacceptable qui est le paradigme en place depuis des siècles.

Nous tous, les 99% de la population mondiale, allons nous unir le 15 octobre pour y mettre fin. Nous ne sommes ni naïfs, ni ignorants. Nous n'avons pas d'unique demande. Si les problèmes du monde pouvaient se résumer à un seul enjeu, nous n'aurions pas besoin d'agir ainsi.

Demandez-vous si vous avez voté pour que votre vie soit entre les mains de moins d'1% d'entre nous, si vous avez voté pour la guerre, la corruption, la pollution, la censure médiatique ou la dépression économique. Il est clair que le moment est venu de reprendre le contrôle. Notre illusion de liberté et de démocratie, notre cage dorée, doit subir un changement majeur, global et sans précédent.

Le 15 octobre 2011 et chaque samedi suivant, nous occuperons Québec. À mesure que le mouvement prendra de l'ampleur, nos demandes et nos actions évolueront en conséquence.

Nous invitons toute la population à nous rejoindre à Québec à 13:00, à la Place d'Youville, un emplacement central de la ville, fréquenté par des gens de tous les milieux sociaux. Venez y joindre votre opinion et VOS demandes.


Charte du mouvement Occupy Together :

1. Adopter une discipline non-violente, peu importe la situation. La violence sous toutes ses formes n'a pas sa place, qu'elle soit physique ou verbale. Par le dialogue et la communication, les meilleures idées font leur chemin.

2. Les forces de l'ordre font partie du 99% et par conséquent doivent être considérées comme telles.

3. Le présent message se doit d'être unifié à travers les organismes et les personnes présentes. Il doit y avoir une cohérence dans le message et les revendications qui sont émises. Les participant(e)s devraient autant que possible connaître ces revendications et les partager.

4. Il y aura une stratégie à long terme cohérente, pas simplement des tactiques et des actions sans liens entre elles.

5. Il nous faut garder en tête l'auditoire élargi auquel nous nous adressons. L'objectif est de rallier les gens à la cause, non pas de les aliéner.

6. Le mouvement Occupons Québec fonctionne par démocratie directe.

7. Ce mouvement se veut inclusif et positif. Par conséquent, nous appelons au respect de tous.

Moi je serai à l'occupation de ma ville, Québec, avec crayons et papier.  Ça adonne que l'habitude a été prise dans le mouvement de dresser la liste de nos souhaits et volontés — et j'ai comme une petite idée de ce qu'on peut faire avec ça …

http://motsapiensproject.wikia.com/wiki/Home

Au nouveau monde, les amis, au monde qui s'unit, délibère et mûrit !"

Fred

vendredi 23 septembre 2011

Commando garages de banlieue

Pêches, melon d'eau jaune, pommes.
Je le mentionnais dans un autre billet, je me suis amusée cette année avec une machine à déshydrater les aliments. Approuvée par les crudivores, la technique donne des fruits et des légumes qui gardent leurs vitamines. Réhydratés ou mangés secs, il semble qu'ils puissent se conserver dans le garde-manger pendant six mois. Génial!

J'ai déshydraté: des pommes, des melons d'eau, des pêches de l'Ontario, des tomates, des aubergines, des poivrons... J'espère en faire d'autres pendant que les produits frais bio locaux sont encore disponibles à bon prix. (Voir à la fin une erreur à ne pas faire.)

Chauffage et aération pour déshydrater à basse température

J'ai d'abord connu la machine à déshydrater au début de l'été, autour de l'atelier de fraises organisé par Aliments d'ici. Puis, une voisine à qui j'en avais parlé et qui partait en camping pout tout l'été, m'a prêté le sien. Le problème, quand on emprunte un bidule comme ça à quelqu'un, c'est que ça lui redonne envie de s'en servir! Elle me l'a redemandé à la fin de l'été, juste comme je commençais à y prendre goût! Mais c'est là, la beauté du voisinage et la générosité de la vie: cette même voisine s'est fait donner par quelqu'un qui ne s'en servait pas un autre déshydrateur (même pas utilisé, encore neuf), et elle me l'a donc refilé!

Ce qui m'amène à mon propos annoncé dans le titre : combien de machines utiles croupissent inutilisées dans les garages et les sous-sols (je me permets de rajouter "de banlieue", car lesdits garages et sous-sols sont plus rares en ville)? Si les infopubs roulent, c'est parce qu'on achète!

Donc, je me disais, parmi les douzaines de projets auxquels j'aimerais bien m'adonner, qu'il serait utltrapertinent d'aller faire connaître dans les banlieues les systèmes comme freecycle (une plate-forme électronique où on peut offrir et demander des objets dont on veut se départir ou dont on a besoin. Des "petites annonces" où tout est donné, rien n'est vendu. Malheureusement, elle semble uniquement en anglais, même pour le groupe de Montréal. Mais il y a des annonces en français.) Avoir un kiosque de freecycle dans un centre commercial, est-ce que ça ne serait pas un moyen efficace de faire de la redistribution de la richesse?

C'est sûr qu'on ne peut ignorer l'aspect psychologique d'attachement aux objets. Je peux en témoigner: ça fait trois ans que je n'ai plus de chats, et j'hésite encore à donner la cage et la litière, même si je n'ai pas l'intention à moyen terme de ravoir un chat. Je les ai finalement annoncés sur freecycle, une fille a signifié son intérêt, mais ne m'a jamais rappelée pour venir les chercher... Et moi, j'ai laissé aller. Pourtant, me débarrasser de ces objets me permettrait de débarrasser le couloir où traînent les boîtes de Cité Carbone... Le désencombrement est un profond processus intérieur aussi!

***
Erreur de déshydratation à ne pas faire:

Papier ciré à la fibre de melon d'eau!
Si on peut faire d'intéressants "cuir de fruits" avec plusieurs espèces en mettant une purée sur une feuille de pellicule spéciale (les pêches sont délicieuses!), avec le melon d'eau, ça fait vraiment juste couler autour du papier (j'avais pris du papier ciré car la feuille spéciale a été perdue) et ça gomme toute la machine, pour un résultat vraiment poche: du papier ciré collé à la fibre de melon d'eau. Et en faisant tremper la fibre pour la décoller, ça donne de la fibre de melon d'eau à saveur de papier ciré! Vaut vraiment mieux déshydrater des tranches minces de melon. Étonnamment sucré, on dirait des bonbons (les tranches jaunes dans les autres photos)!

mercredi 14 septembre 2011

Une méchante entreprise - Du libéralisme et de l'anarchisme

Je suis un peu en retard parce que je suis davantage en vélo qu'en métro ces temps-ci, et que c'est dans le métro que j'achète ce magazine: dans le numéro du 1er septembre de l'Itinéraire, le camelot Norman Rickert parle de Cité Carbone, son coup de coeur.

Par hasard, il s'agit d'un numéro sur le thème: "Museler ces plumes qui dérangent". L'article principal rapporte les propos de Valérie Lefebvre-Faucher, l'éditrice d'Écosociété, et de Michel Brûlé, éditeur entre autres des éditions portant son nom.

Points soulevés:
- les médias ignorent parfois délibérément les oeuvres polémiques;
- les auteurs laissent parfois tomber leur projet de livre par peur des représailles;
- la fameuse poursuite-bâillon intentée par Barrick Gold contre Écosociété et les auteurs de Noir Canada;

- il n'y a plus grand chose qui choque le public; la question nationale québécoise serait peut-être un des seuls sujets tabous.
- les maisons d'édition ont de la difficulté à obtenir des subventions pour des essais ou lorsque les thèmes abordés sont dérangeants;

Cette fameuse question des subventions. Faut-il se battre pour que l'État en donne plus ou faut-il s'en libérer et trouver d'autres manières de se financer? Ne s'agit-il pas là d'une question tabou? ;)

Au fil de coups de téléphone et de courriels demandant des informations à gauche et à droite, j'ai découvert une possibilité pour un livre à compte d'auteur d'être distribué dans les librairies (autrement qu'en allant les porter à la pièce). L'Alliance québécoise des éditeurs indépendants, au nom de la bibliodiversité, offre ce service. Adhésion annuelle modique de 10$. La remise au diffuseur (Benjamin) est même inférieure qu'avec les autres entreprises (17% au lieu de 20%). Cité Carbone sera donc distribué dans les librairies à partir du 1er novembre. L'éditeur indépendant est celui qui ne reçoit pas de subventions.

Moi qui suis présentement en lancement de mon "entreprise" comme travailleuse autonome, je lis toutes sortes de livres présentement en lien avec la petite business. Cadre de référence assez différent des organismes communautaires où j'ai travaillé, où je me suis impliquée! En même temps, c'est fascinant de voir comment les catégories peuvent être brouillées: dire non aux subventions, ça peut être de l'ultralibéralisme comme ça peut être une position anarchiste, autonomiste (je ne suis pas experte dans les nuances de ces termes, corrigez-moi s'il le faut)... L'entrepreneur dit: "J'y vais, je n'attends pas après qui que ce soit, je mets en oeuvre ce projet qui me passionne pour gagner ma vie" et l'anarchiste dit : "J'y vais, je n'attends pas que les 'autorités' le fassent, je passe à l'action pour améliorer le monde dans lequel je vis". La différence entre les deux, ce serait une vision plus individualiste pour le premier et plus collective, fondée sur l'entraide, pour le deuxième?

Le Réseau pour la simplicité volontaire, pendant les années où j'y travaillais, ne recevait pas de subvention du gouvernement et à peine quelques centaines de dollars de contributions de certaines communautés religieuses. Autrement, financé par les contributions des membres. Pour garder notre autonomie, aussi parce que nous cadrions mal dans les programmes existants (un organisme qui crée un seul emploi à 3 jours par semaine, quand les programmes visent le temps plein et la croissance...). Il y a d'autres exemples d'indépendance remarquable et à plus grande échelle, comme Amnistie Internationale ou Avaaz. Est-ce la voie de l'avenir, avec nos gouvernements qui coupent? Mais est-ce que ça ne ressemble pas au modèle "la charité financée par le privé" (le privé étant dans ce cas-ci les individus, donc ça revient à une autre manière de "financement public"...).


J'entendais récemment une formatrice en lancement d'entreprise affirmer que les affaires, c'est du maillage humain, rien de plus. Est-ce que l'entreprise privée, menée avec éthique, peut être génératrice et distributrice de la richesse?



Il y a tout un courant qui prône l'abondance. Qui affirme qu'on doit dédiaboliser l'argent, qu'il y a suffisamment d'abondance dans l'univers pour tout le monde. J'ai toujours été réticente à cette approche. Est-ce qu'on parle de l'abondance des actionnaires de Wall Street, dont les profits sont parfois tirés de la déstabilisation complète de la monnaie d'un pays, du ravage d'une forêt vierge, de la guerre africaine pour les minéraux? Non, non et non, pas acceptable!

Mais je crois qu'il y a du vrai dans cette notion d'abondance, si on ne la définit par des voitures décapotables et des piscines olympiques en plein désert. Que la Terre peut nourrir, sobrement mais suffisamment, les humains (précisons: s'ils utilisent un contrôle des naissances et ne s'acharnent pas à tenir en vie des personnes dont le corps ne suit plus). La notion d'abondance doit absolument être jointe à une honnêteté rigoureuse face aux conséquences de "l'exploitation des richesses". Un des livres de business que j'ai lu (Le coeur aux ventes de Jean-Pierre Lauzier (oui, je lis ça!)) soulignait l'importance de cultiver en priorité le désir de sincèrement aider le client. Je crois que ces mêmes générosité et bienveillance doivent prioritairement revenir à la base des affaires des multinationales! Est-ce possible que les immenses corporations se soignent de leur cruelle dépendance au profit à tout prix?

Ces quelques lignes brossent à peine l'intégration que je sens en train de se faire en moi. Je ne crois pas qu'il soit utile de diaboliser quelque courant que ce soit, de s'accrocher à une idéologie ou une autre. En même temps, suis-je en train de me transformer en "méchante entreprise"? Boycottez-moi, quelqu'un!

lundi 12 septembre 2011

Détente, pieds et mains dans la terre

http://www.fotosearch.fr

Est-ce une fonctionnalité dans le cerveau qui serait détraquée en raison de la pollution, des hormones de croissance données aux vaches ou bien simplement des ondes (micro, cellulaires ou ésotériques, au goût)? Il me semble que tout le monde que je connais a tout le temps l'impression de n'avoir "jamais le temps de rien faire". Chômeurs, étudiants, travailleurs à temps plein ou à temps partiel, avec ou sans enfants, alter ou plutôt mainstream, tout le monde court tout le temps.
 

 Alors on écoute des vidéos Internet sur la gestion du temps, on prend des résolutions de faire du sport, d'aller marcher, de méditer, on s'inscrit à une ou deux autres activités hebdomadaires pour se relaxer et s'épanouir. 

 La vie contemporaine est tellement virtuelle. Je veux dire: même quand on n'est pas en face d'un appareil électronique, on vit dans des contingences très éloignées de la réalité concrète de la matière. Très peu de ce qu'on fait, de ce à quoi on pense, est relié à la vie du corps, qui reste le véhicule principal de l'esprit... On vit plutôt dans la tête, pour notre identité, notre image. On s'inquiète pour elles. Et on est prêt à tout pour elles. Collectivement, pour nourrir ou rassurer un ego mégalomane, on est prêt à exterminer des peuples, des espèces intégrales d'animaux, des écosystèmes complets. 
Le jardinage est reconnu comme un excellent moyen de se salir les mains, de se frotter avec le concret et d'apaiser le mental. Mais il y a aussi d'autres pistes...

www.fotosearch.fr
Est-ce que la vie, disons, d'un ruminant quelconque, dans une savanne non éradiquée, une vie passée les pattes dans la poussière du sol, à mâchouiller de l'herbe, le gros coeur qui bat lentement, des oiseaux sur le dos pour manger ses poux, les combats de séduction et la procréation comme seuls stress (et parfois une course en gang pour fuir un prédateur, d'accord)... ne devrait pas nous servir de modèle? 

Pour commencer une démarche anticivilisationnelle ou simplement vivre une expérience sensorielle relaxante, on peut marcher pieds nus. Le gazon ne fait pas le même effet que la terre, la brique et la pierre ne sont pas comme le béton ou l'asphalte. Ça ramène la conscience sur terre. Et pour les aventureux, il y a aussi les plaisirs de la boue! Et pour les "games", on peut faire la giraffe, qui consiste à se pencher et à marcher à la fois avec les pieds et les mains, ou l'ourang-outan. J'oubliais: l'étape préliminaire, c'est de ramasser deux ou trois amis, car tout seul, c'est un peu difficile, du moins au début. Rires et détente garantis! (Je suis en train de m'imaginer aller animer des ateliers de giraffe dans une grande entreprise, dans une optique de gestion du stress... hi! hi! hi!) Et ça peut même devenir une démarche artistique complexe, comme la Meute, de la chorégraphe Nadia Vadori Gauthier.

 Bref, on ne manque pas de possibilités pour arrêter de se tant prendre sérieux. Sur ce, je vais aller déshydrater du melon d'eau jaune bio (un délice, aussi oxymoronique cela puisse-t-il paraître!).

mercredi 7 septembre 2011

L'imperfection du premier roman

Lucie Renaud, collaboratrice de La Recrue du mois a  fait sur son blogue "Clavier bien tempéré" un très beau commentaire sur Cité Carbone.

Plus j'y pense, et plus son commentaire me fait du bien. Il y a que je ne connais pas du tout Lucie Renaud (qu'on le veuille ou non, quand le commentaire vient d'un ami, on peut toujours penser que ce n'est pas tout à fait impartial). Mais il y a surtout que j'y lis la reconnaissance du droit à l'imperfection d'un premier roman.

Bien sûr, il y a plein de romans qui sont publiés, premiers ou non, qui sont imparfaits. Qu'est-ce que la perfection, d'ailleurs? Le goût entre pour beaucoup dans l'appréciation d'une oeuvre littéraire, il va sans dire.

Mais ça me fait du bien, de lire que "la plupart des premiers romans sont imparfaits... et c'est peut-être en partie ce qui fait leur charme.  En même temps, il y a quelque chose de particulièrement touchant à lire un auteur pour la toute première fois, à tenter de discerner sa voix, ce qui deviendra sa voie."

Peu importe le projet, l'oeuvre, lançons-nous dans le monde. On y apprendra toujours bien quelque chose.

jeudi 1 septembre 2011

Entraide croisée

Un beau portrait de l'entraide croisée que cette journée. J'ai embarqué avec mon oncle et d'autres parents, depuis Longueuil, dans la vanne prêtée par ma cousine. Nous sommes arrêtés prendre ma mère (qui ne conduit pas) dans son village mal desservi par le transport en commun, pour l'amener avec nous à l'hôpital d'Ottawa, à une demi-heure de route. Vanne remplie à la pleine capacité. La parenté est repartie après une heure de visite, je suis restée avec ma mère auprès de mon père. Un compagnon de bénévolat de mon père est venu nous chercher en début de soirée. Nous sommes revenues à la maison, et peu après arrivait la famille que mes parents hébergent périodiquement depuis plusieurs mois lorsqu'elle vient visiter un de ses proches hospitalisé dans la région. Vraiment, un beau portrait du principe dont je parlais l'autre jour : je donne ici et je reçois de là, je redonne à lui et je recevrai d'elle.

Depuis des années, mes parents habitent dans la région d'Ottawa. J'ai toujours déploré que les compagnies d'autobus ontariennes se soient arrangées pour qu'Allô-Stop doive arrêter ses activités, il y a plusieurs années. Eh oui, une telle sorte de covoiturage est illégal en Ontario. Depuis des années, je prends le bus jusqu'à Ottawa ou je loue une Communauto (que je ne peux pas rentabiliser avec des « pouceux » payants!). Et aujourd'hui seulement, j'ai pensé que peut-être il y avait des transports avec Amigoexpress qui partaient de Gatineau, de l'autre côté d'un pont à partir de la capitale canadienne... Oui! Il y en a! Un jeudi, une bonne douzaine de chauffeurs offrent des lifts pour Montréal! Eh bien, ça démontre que c'est inutile d'interdire quelque chose qui est naturel, nécessaire, logique, voulu par le peuple – celui-ci va simplement contourner la loi! C'est comme les sentiers qui se créent naturellement, entre les chemins asphaltés, parce que c'est juste la façon la plus logique de se rendre d'un point A à un point B. Militer pour renverser la loi ontarienne au sujet du covoiturage, ça serait un des soixante-quinze projets importants auxquels je pourrais me consacrer...

Hôpital, donc. Mon ami de Boucherville en transition me faisait part de ses réflexions au sujet de la santé publique dans une ère de pétrole inabordable. Le système de santé actuel est beaucoup trop dépendant du pétrole, me faisait-il remarquer. En tous les cas, seringues, enveloppes de soluté, enveloppes de produits sanguins, couches, gants... La quantité de déchets est phénoménale. Ça serait quoi, l'alternative, tout en préservant la sacro-sainte aseptisation (dont je consens qu'elle est importante quand on côtoie effectivement une concentration de gens malades, porteurs de virus ou hypersensibles à ceux-ci)? Est-ce qu'il serait possible de revenir à des instruments réutilisables, désinfectables à haute température ou je ne sais trop? Je n'en sais rien. Mais je me dis qu'il vaut la peine de se poser la question. Parce que si on venait à manquer de seringues de plastique, on serait bien content d'en avoir en vitre, en métal, je ne sais trop, et de savoir comment les stériliser.

J'ai écrit il y a quelques années un texte sur la mort de mon chat, où je parlais de renoncer à l'acharnement, d'accepter la mort comme faisant partie de la vie. J'aurai l'occasion de réfléchir de nouveau à ça dans les temps qui viennent... Il y a les choix qu'on fait pour soi, mais il y a aussi l'importance de respecter les autres dans les leurs... À suivre (ainsi qu'une réflexion sur le choix de raconter ou non sa vie privée dans un blogue!).