Le blogue a un nouveau look transitoire. Un nouvel onglet, aussi: "Nouveau projet: JUIN 2012!"
Je ne peux pas encore vous dire de quoi il s'agit, mais j'avais hâte de le laisser savoir quand même un peu... Restez en haleine, davantage est à venir bientôt!
D'ici là, bon printemps! Je m'en vais faire du vélo!
mercredi 18 avril 2012
mardi 10 avril 2012
"Le bio c'est pour les riches"
Je suis de retour, après quelques mois d'hibernation...
* * *
Récemment, quelqu’un m’a dit que les groupes d’achat n’étaient pas tous à l’avantage du consommateur, en soulevant avec indignation que dans celui d’Aliments d’ici, un chou se vend 2,50 $. Ma première réaction a été la défensive : - Mais c’est bio...
Cette colère contre « le bio » me laisse chaque fois troublée, désolée qu’on ait à opposer, d’une part, agriculture respectueuse de l’environnement et alimentation saine (sans pesticides) et, d’autre part, l’accessibilité même de la nourriture...
Je suis désolée qu’on rejette le bio parce qu’il coûte cher, comme si le bio était un snobisme qui offense les gens ordinaires. Ça l’est peut-être devenu, une tendance, quelque chose qu’on approuve parce que c’est dans l’air, que ça paraît bien.... C’est sûr que le monde marchand l’a récupéré, c’est sûr que les petits plats fins tout préparés bio coûtent une fortune.
Mais à la base, l’agriculture biologique, ce n’est pas une sophistication snob, c’est plutôt une simplification. Simplification dans le sens de retour à la logique de la nature, compréhension globale de l’écosystème dans lequel nous vivons. Ce qui est très complexe, mais pas de la même façon que le système industriel qui nous a tant éloignés de l’essentiel, de la nature sans laquelle on meurt... C’est simplement une question de pérennité de l’espèce humaine! Et les petits agriculteurs bio sont pauvres eux-mêmes! C’est une vraie vocation que de cultiver la terre (on le sait!), mais en plus, pour les petits bio, dans la précarité et sans soutien du système agricole, qui est organisé autour des grandes cultures industrielles.
En voyant ma réaction, mon envie de défendre le bio, avec une certaine agressivité, je me suis dit que je devais réfléchir à tout ça. Ce faux conflit entre la valeur de l’écologie (et de la santé par l’alimentation saine) et celle de la justice sociale me fait penser à la fameuse maxime « Diviser pour mieux régner ». Il faut réconcilier le souci de l’environnement, de la santé naturelle, et le souci de sécurité alimentaire pour tous! En ce sens, bravo aux jardins collectifs qui donnent accès aux personnes à faible revenu non seulement à des légumes souvent bio, mais à un savoir-faire, à une connexion avec la terre, en plus d’une expérience d’empowerment de groupe.
Ah, cette combativité agressive qui monte en moi quand j’entends dire avec hargne que « le bio, c’est pour les riches », et qui semble aussi habiter mes interlocuteurs... Je conçois qu’il ne sert à rien d’argumenter, parce que c’est justement un conflit apparent de valeurs profondes qui génère d’abord une résistance émotive tout à fait normale. Et une frustration bien légitime, pour les personnes qui se serrent la ceinture, si elles ressentent un jugement moral de ma part quand je mentionne qu’il est bon de manger bio, alors que ça leur semble tellement inaccessible (j’écris « semble », car des aliments bruts bio cuisinés maison ne coûtent pas cher; je connais beaucoup de gens « sous le seuil de la pauvreté » qui mangent bio. C’est une question de connaissance de recettes, de valeurs, d’ouverture à apprécier de nouvelles saveurs. Ce qui n’est pas toujours évident, le rôle de sécurité et de réconfort de la nourriture étant tellement important...)
Je me dis qu’il est possible de ne pas entrer dans l’opposition, de prendre une petite distance pour la constater et faire de la place aux deux valeurs de fond apparemment en opposition. J’ai fait cet automne un atelier de Judy Ringer, organisé par Engrenage noir/Levier. Judy est une prof d’aïkido qui transpose les principes de cet « art de la paix » dans la résolution de conflits. Nous faisions des exercices physiques, où par exemple deux personnes se tenaient la m ain en tirant chacune dans sa direction, puis soudainement l’une d’elle relâchait la traction pour venir se placer à côté de l’autre, regarder son point de vue, avant de doucement l’inviter à regarder de son côté aussi... Sortir de la logique où un seul des partis doit avoir raison.
J’écris ce billet et voilà que je tombe, au bas d’un courriel, sur cette citation (traduite rapidement à la suite):
Whether we’re seeking inner peace or global peace or a combination of the two, the way to experience it is to build on the foundation of unconditional openness to all that arises. Peace isn’t an experience free of challenges, free of rough and smooth—it’s an experience that’s expansive enough to include all that arises without feeling threatened.
(Que nous cherchions la paix intérieure, la paix mondiale ou les deux, pour la vivre il faut s’appuyer sur une ouverture inconditionnelle à tout ce qui survient. La paix n’est pas une expérience sans défis, elle n’est pas lisse et sans accrocs : c’est une expérience d’ouverture assez grande pour inclure tout ce qui survient sans se sentir menacé.)
(Que nous cherchions la paix intérieure, la paix mondiale ou les deux, pour la vivre il faut s’appuyer sur une ouverture inconditionnelle à tout ce qui survient. La paix n’est pas une expérience sans défis, elle n’est pas lisse et sans accrocs : c’est une expérience d’ouverture assez grande pour inclure tout ce qui survient sans se sentir menacé.)
- Pema Chodron, "Unlimited Friendliness"
Voilà, c’est exactement ça. Ne pas chercher à convaincre. Accepter qu’il y a en ce moment, dans notre société, ce conflit apparent entre des valeurs tout aussi valables, un conflit apparent entre des personnes de bonne volonté qui travaillent fort pour que le monde soit plus juste, plus harmonieux... Et vraiment écouter l’autre personne qui se plaint du « bio pour les riches », honorer ce qu’elle a à dire avant d’exposer calmement ma vision. J'essaye ça et je vous en reparle!
lundi 9 janvier 2012
Un petit mot, car ça fait une éternité que je n'ai pas nourri ce blogue!
Ce matin, j'ai reçu un beau courriel d'une personne que je ne connais pas, me disant que oui, elle aimerait une suite à Cité Carbone. Quel beau velours pour commencer la semaine, l'année! ("Demandez et vous recevrez", j'ai bien fait d'inviter les lecteurs à me laisser savoir s'ils voulaient une suite, à la fin du livre!)
Ça y est, il existe un fichier texte intitulé "Cité Carbone 2". Je me demandais comment je ferais pour trouver le temps d'écrire la suite. J'ai commencé par créer un fichier et taper les quelques passages notés sur du papier brouillon. Il faut commencer quelque part!Aussi, j'ai mis une feuille sur ma table de chevet, pour les inspirations subites au moment d'aller dormir.
J'ai envie d'essayer la méthode "tomate" ( pomodoro), alliée à une autre méthode qui fonctionne (que je teste dans d'autres domaine et qui est à la base des travaux scolaires): devoir rendre des comptes à quelqu'un. Je veux me trouver une personne à qui je devrai écrire régulièrement pour faire part du temps consacré au projet et de son avancée.
À suivre!
Ce matin, j'ai reçu un beau courriel d'une personne que je ne connais pas, me disant que oui, elle aimerait une suite à Cité Carbone. Quel beau velours pour commencer la semaine, l'année! ("Demandez et vous recevrez", j'ai bien fait d'inviter les lecteurs à me laisser savoir s'ils voulaient une suite, à la fin du livre!)
Ça y est, il existe un fichier texte intitulé "Cité Carbone 2". Je me demandais comment je ferais pour trouver le temps d'écrire la suite. J'ai commencé par créer un fichier et taper les quelques passages notés sur du papier brouillon. Il faut commencer quelque part!Aussi, j'ai mis une feuille sur ma table de chevet, pour les inspirations subites au moment d'aller dormir.
J'ai envie d'essayer la méthode "tomate" ( pomodoro), alliée à une autre méthode qui fonctionne (que je teste dans d'autres domaine et qui est à la base des travaux scolaires): devoir rendre des comptes à quelqu'un. Je veux me trouver une personne à qui je devrai écrire régulièrement pour faire part du temps consacré au projet et de son avancée.
À suivre!
lundi 5 décembre 2011
L'usure des transports
| Le Saguenay et Chicoutimi, vus de Chicoutimi-Nord |
Quand j'étais petite, je souffrais du mal des transports. On me bourrait de gravol avant les voyages et il n'était pas question que je lise des BD à bord comme mes cousins. Encore aujourd'hui, il y a des limites à ce que je peux faire en auto; j'ai essayé de taper à l'ordinateur et le mal de coeur n'a pas tardé à se manifester.
Mais un nouveau mal a commencé à me causer de légers soucis lors de mes déplacements: l'usure des transports. Je crois au transport en commun comme d'autres en un sauveur divin... Mais bon Dieu, quand ça prend trois fois plus de temps qu'en voiture... En ville, je n'ai pas à me plaindre, car j'habite à une minute d'un métro, donc à un quart d'heure de tout ce qui est plus ou moins central. Mais pour l'interurbain...
Pour aller voir feu mon père à l'hôpital d'Ottawa, depuis Montréal: un premier bout de covoiturage jusque chez ma soeur dans les Laurentides (45 min) (et si la personne qui me faisait le pouce n'avait pas insisté pour venir me chercher chez moi, ou si j'avais été radicale jusqu'au bout: + 10 minutes de métro); le voyage avec ma soeur depuis les Laurentides jusqu'à Ottawa, avec des arrêts en chemin pour prendre de la parenté (2 h); retour jusque dans les Laurentides (2 h); 45 minutes d'attente au terminus de St-Jérôme parce que les autobus sont aux heures; 1 heure de trajet St-Jérôme - Laval (ce qui se fait en... 20 minutes en auto?); une bonne vingtaine de minutes de métro jusqu'à chez moi. Sept heures de transport.
Je constate que la motivation de faire des tas de détours pour ne pas utiliser l'autosolo s'effrite avec le temps...
Pourtant! Je suis la fille qui s'est déplacée en autobus municipal à San Antonio au Texas (pour me rendre compte par la suite que le trajet d'une heure et demie en bus prenait sept minutes en auto!), qui s'est arrangée à Détroit, la ville de l'automobile par excellence, pour déchiffrer dans l'Internet le trajet d'autobus - pour aller visiter le musée Ford! - parce que les réceptionnistes de l'hôtel me regardaient comme une extraterrestre quand je leur ai demandé si elles avaient les horaires. La fille qui a brisé sa béquille de vélo à trop charger son panier arrière; la fille à se prendre pour un mulet avec un sac à dos rempli de victuailles qu'elle est à peine capable de soulever. C'est peut-être pour ça que je souffre d'usure des transports. J'ai peut-être exagéré?
L'usure des transports, c'est sûrement ça qui explique les embouteillages vers les banlieues tous les soirs: l'autosolo prend malgré tout moins de temps que le transport en commun. Je comprends que c'est inutile d'exiger de l'héroïsme. Il faut rendre le transport en commun ultraplusefficace!
Et mettre des bâtons dans les roues des automobilistes, comme l'a fait l'admnistration du Plateau Mont-Royal? Je covoiture chaque semaine avec quelqu'un qui doit traverser le Plateau et qui ronchonne un peu chaque fois: "Ils ont vraiment fait exprès pour nous rendre ça pénible!" Et moi je rigole un peu dans ma barbe. Oui, j'admire M. Hernandez (que je ne connais pas personnellement, même si je l'ai croisé à pied l'autre jour sur la rue Mont-Royal et que nous nous sommes souri - Parlez-moi d'un maire qui se promène à pied dans son arrondissement!).
Car je crois de moins en moins en la vertu, et de plus en plus en la nécessité. La vertu vient par nécessité, elle jaillit quand sa nécessité devient une évidence incontournable. Que ce soit simplement au niveau de la conscience ou bien plus concrètement en forme de sens uniques et de voies réservées.
* * *
Merci à la Librairie Marie-Laura à Jonquière, qui m'a réservé un accueil très sympathique hier pour ma petite causerie. Vive la gentillesse des gens du Saguenay! Et leur belle parlure chantante, que je me surprends déjà à imiter malgré moi. C'est tellement plaisant!
(Excusez-moi, j'ai oublié de faire prendre une photo pendant la causerie!)
mardi 22 novembre 2011
À CISM vendredi 25 novembre
Ce vendredi 25 novembre de midi à 13h, David Murray recevra à l'émission Les rejetons de Gérard Lambert Isabelle Baez (Maté, Le Quartanier, 2011) et moi-même, Jacinthe Laforte, pour discuter du rôle que peut jouer la littérature dans une démarche de conscientisation politique.
À écouter en direct ou en baladodiffusion, sur les ondes de CISM 89,3 (à Montréal) ou par Internet!
À propos de Maté de Isabelle Baez:
On devine rapidement que l’auteure elle-même s’intéresse de près aux questions politiques et sociales. Depuis déjà quelques années, elle participe au journal satirique Le Couac pour lequel est écrit des articles sur la brutalité policière et le droit des immigrants et réfugiés.
L’auteure n’hésite pas à glisser dans son roman quelques éléments puisés à même l’actualité. Ainsi, le chemin de Nina croisera également celui de Pierre-Paul Parenteau, le PDG d’un conglomérat médiatique québécois qui, contrairement à son père, fondateur de l’entreprise, se soucie moins du bonheur de ses employés que de la rentabilité de la compagnie. Le roman met évoque également Gold Is All, une compagnie minière canadienne qui fait interdire la publication d’un livre dans lequel ses activités en Afrique étaient décriées.
Extrait de Catherine Lavoie sur pieuvre.ca
À propos de Cité Carbone :
J'ai frémi en découvrant la communauté des Palettes, bidonville de laissés-pour-compte installé sur les lieux d'un ancien dépotoir, à la limite Est de la ville, histoire de donner l'illusion que le problème des itinérants a été éradiqué. Je me suis attachée à Marie-Sophie, gosse de riche qui rejette les étiquettes et se révolte contre les atrocités de notre monde. J'aurais voulu serrer Yohann dans mes bras, le remercier silencieusement pour l'amour inconditionnel qu'il porte à cette mère déchue, cette écoute qui semble naturelle chez lui. J'aurais secoué un brin Wang et lui aurais rappelé que dans « amour libre », il y a aussi le mot amour.
À écouter en direct ou en baladodiffusion, sur les ondes de CISM 89,3 (à Montréal) ou par Internet!
À propos de Maté de Isabelle Baez:
On devine rapidement que l’auteure elle-même s’intéresse de près aux questions politiques et sociales. Depuis déjà quelques années, elle participe au journal satirique Le Couac pour lequel est écrit des articles sur la brutalité policière et le droit des immigrants et réfugiés.
L’auteure n’hésite pas à glisser dans son roman quelques éléments puisés à même l’actualité. Ainsi, le chemin de Nina croisera également celui de Pierre-Paul Parenteau, le PDG d’un conglomérat médiatique québécois qui, contrairement à son père, fondateur de l’entreprise, se soucie moins du bonheur de ses employés que de la rentabilité de la compagnie. Le roman met évoque également Gold Is All, une compagnie minière canadienne qui fait interdire la publication d’un livre dans lequel ses activités en Afrique étaient décriées.
Extrait de Catherine Lavoie sur pieuvre.ca
À propos de Cité Carbone :
J'ai frémi en découvrant la communauté des Palettes, bidonville de laissés-pour-compte installé sur les lieux d'un ancien dépotoir, à la limite Est de la ville, histoire de donner l'illusion que le problème des itinérants a été éradiqué. Je me suis attachée à Marie-Sophie, gosse de riche qui rejette les étiquettes et se révolte contre les atrocités de notre monde. J'aurais voulu serrer Yohann dans mes bras, le remercier silencieusement pour l'amour inconditionnel qu'il porte à cette mère déchue, cette écoute qui semble naturelle chez lui. J'aurais secoué un brin Wang et lui aurais rappelé que dans « amour libre », il y a aussi le mot amour.
Extrait de Lucie Renaud, rédactrice de la Recrue du mois, sur Clavier bien tempéré
Photos du Salon du livre de Montréal!
| Mathieu Blais et Jacinthe Laforte, 16 novembre 2011 |
| le rayonnage au stand de Benjamin Livres |
| Béatitude! |
| Crédit photos: Benoit Roy |
| Le vélo qui attirait les regards à la séance de signature Photo: J. Laforte |
samedi 19 novembre 2011
Sortir le livre de la logique marchande
Lors de notre présenation au Salon du livre mercredi soir, je me suis bien amusée avec Mathieu Blais, poète, et un public de qualité! Je publierai prochainement ici l'essentiel de ce que j'ai partagé et d'autres photos. En attendant...
En cette semaine de la grande foire marchande du livre, le Salon du livre de Montréal, je rêve...
On n’a très souvent pas besoin de posséder un livre pour le lire. Les éditeurs pilonnent chaque année des milliers de livres (c’est-à-dire qu’ils envoient à la destruction, au recyclage, les livres qu’ils pensent ne jamais vendre et qui prennent de la place d’entrepôt; les auteurs ont généralement l’occasion de racheter ces livres à un coût très bas, mais encore, quand leur réseau est déjà saturé, où les vendront-ils?). L’imprimerie, même sur papier recyclé, n’est pas sans empreinte écologique.
Donc, l’idée, ça serait de mettre l’accent sur le contenu des livres, et pas sur le produit commercial. Le livre électronique peut jouer ce rôle-là. Mais n’oublions pas les minéraux qui servent aux tablettes de lecture électroniques - ça me brise le coeur l’insouciance avec laquelle on consomme la technologie qui est directement reliée à des atrocités humaines et environnementales en Afrique, en Amérique latine et ailleurs.
Je rêve... Les humbles éditions pourraient publier d’autres livres, et en imprimer seulement assez pour que toutes les bibliothèques du Québec et de la francophonie puissent en avoir un exemplaire. D’accord, quelques-uns de plus, quand même... Et rendre accessible gratuitement les oeuvres en version électronique, ou proposer un prix selon le revenu.
Mais on en revient à la question du financement. Quand les choses sont gratuites, c’est parce que quelqu’un a contribué quelque part. Quelqu’un, ou le groupe. Le groupe qui aurait décidé qu’il est globalement plus profitable à tous et à chacun de vivre dans une communauté inclusive que de calculer à la minute ou à la piastre qui doit quoi à qui. (Je jasais l’autre jour avec une jeune femme qui vit avec quatre ou cinq autres personnes dans un grand logement (deux couples et un enfant, et un autre enfant s’en vient). Les factures pour la nourriture vont dans un pot et ils séparent les coûts à part égale. Mes expériences de colocation ont davantage été « chacun sa livre de beurre, chacun sa tablette dans le frigo ». Ça m’a fait rire de trouver si extraordinaire le fait que le partage soit la règle dans cette maisonnée, et que ça semble fonctionner. Car en fait, c’est bien l’individualisme, le « chacun sa pinte de lait » qui est une nouveauté dans l’humanité, non? Une nouveauté qui est « juste » dans un sens, mais qui distord le sentiment d’appartenance et de solidarité à la base de toute société humaine.)
Je suis inspirée par des organismes comme Engrenage noir - Levier, Filles d’action ou Aliments d’ici, qui organisent des activités de grande qualité, GRATUITES ou bien à coût vraiment minime (3$ pour un repas ou un atelier, par exemple). C’est qu’il y a soit des subventions derrière, soit une immense contribution de temps bénévole, ou les deux. J’ai participé cet automne à deux ateliers organisés par Engrenage Noir, un de 15h, un de 32 heures, gratuits! Sur le marché, ça vaut des centaines de dollars. C’est sûr que des étudiants ou des personnes à faible revenu, que ce soit par exclusion sociale ou par choix militant, n’auraient pas pu se les payer. Un livre à 25$, c’est la même chose.
Alors si l’auteure, l’artiste, tente de vendre ses services, devient entrepreneure, elle ne peut que s’adresser à ceux qui ont de l’argent. Ou bien demander des subventions. Et quand les subventions diminuent, parce que l’élite du gouvernement préfère le marché à la « providence », il faut se tourner vers les entreprises, les fondations privées. Est-ce qu’on peut vraiment être aussi libre, alors? Ou bien, faudrait un mécène qui serait d'accord avec nos idées, mais qui ne se sentirait pas capable de lâcher sa participation à l'industrie, au monde financier ou à la business as usual? Je suis sûre qu'il y en a...
Je rêve d’un État où on subventionnerait les écrivains pour écrire, et où l’objet livre ne serait plus qu’un support. Et le Salon du livre, une foire des idées, des mots, de la rencontre.
| Mathieu Blais et Jacinthe Laforte, 16 nov. 2011 Photo B. Roy |
En cette semaine de la grande foire marchande du livre, le Salon du livre de Montréal, je rêve...
On n’a très souvent pas besoin de posséder un livre pour le lire. Les éditeurs pilonnent chaque année des milliers de livres (c’est-à-dire qu’ils envoient à la destruction, au recyclage, les livres qu’ils pensent ne jamais vendre et qui prennent de la place d’entrepôt; les auteurs ont généralement l’occasion de racheter ces livres à un coût très bas, mais encore, quand leur réseau est déjà saturé, où les vendront-ils?). L’imprimerie, même sur papier recyclé, n’est pas sans empreinte écologique.
Donc, l’idée, ça serait de mettre l’accent sur le contenu des livres, et pas sur le produit commercial. Le livre électronique peut jouer ce rôle-là. Mais n’oublions pas les minéraux qui servent aux tablettes de lecture électroniques - ça me brise le coeur l’insouciance avec laquelle on consomme la technologie qui est directement reliée à des atrocités humaines et environnementales en Afrique, en Amérique latine et ailleurs.
Je rêve... Les humbles éditions pourraient publier d’autres livres, et en imprimer seulement assez pour que toutes les bibliothèques du Québec et de la francophonie puissent en avoir un exemplaire. D’accord, quelques-uns de plus, quand même... Et rendre accessible gratuitement les oeuvres en version électronique, ou proposer un prix selon le revenu.
Mais on en revient à la question du financement. Quand les choses sont gratuites, c’est parce que quelqu’un a contribué quelque part. Quelqu’un, ou le groupe. Le groupe qui aurait décidé qu’il est globalement plus profitable à tous et à chacun de vivre dans une communauté inclusive que de calculer à la minute ou à la piastre qui doit quoi à qui. (Je jasais l’autre jour avec une jeune femme qui vit avec quatre ou cinq autres personnes dans un grand logement (deux couples et un enfant, et un autre enfant s’en vient). Les factures pour la nourriture vont dans un pot et ils séparent les coûts à part égale. Mes expériences de colocation ont davantage été « chacun sa livre de beurre, chacun sa tablette dans le frigo ». Ça m’a fait rire de trouver si extraordinaire le fait que le partage soit la règle dans cette maisonnée, et que ça semble fonctionner. Car en fait, c’est bien l’individualisme, le « chacun sa pinte de lait » qui est une nouveauté dans l’humanité, non? Une nouveauté qui est « juste » dans un sens, mais qui distord le sentiment d’appartenance et de solidarité à la base de toute société humaine.)
Je suis inspirée par des organismes comme Engrenage noir - Levier, Filles d’action ou Aliments d’ici, qui organisent des activités de grande qualité, GRATUITES ou bien à coût vraiment minime (3$ pour un repas ou un atelier, par exemple). C’est qu’il y a soit des subventions derrière, soit une immense contribution de temps bénévole, ou les deux. J’ai participé cet automne à deux ateliers organisés par Engrenage Noir, un de 15h, un de 32 heures, gratuits! Sur le marché, ça vaut des centaines de dollars. C’est sûr que des étudiants ou des personnes à faible revenu, que ce soit par exclusion sociale ou par choix militant, n’auraient pas pu se les payer. Un livre à 25$, c’est la même chose.
Alors si l’auteure, l’artiste, tente de vendre ses services, devient entrepreneure, elle ne peut que s’adresser à ceux qui ont de l’argent. Ou bien demander des subventions. Et quand les subventions diminuent, parce que l’élite du gouvernement préfère le marché à la « providence », il faut se tourner vers les entreprises, les fondations privées. Est-ce qu’on peut vraiment être aussi libre, alors? Ou bien, faudrait un mécène qui serait d'accord avec nos idées, mais qui ne se sentirait pas capable de lâcher sa participation à l'industrie, au monde financier ou à la business as usual? Je suis sûre qu'il y en a...
Je rêve d’un État où on subventionnerait les écrivains pour écrire, et où l’objet livre ne serait plus qu’un support. Et le Salon du livre, une foire des idées, des mots, de la rencontre.
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