mercredi 23 février 2011

Le travail d'édition

J'ai eu l'occasion de découvrir d'un peu plus près le travail d'édition dès ma première session d'université : j'avais participé au comité qui organisait le concours Nouvelles fraîches et publiait le recueil des nouvelles gagnantes. Il y avait dans ce comité un homme d'expérience, Gaston Tremblay, qui nous aiguillait afin que le travail soit professionnel. Puis j'ai travaillé aux Éditions Écosociété. Pour tout dire, mon travail à moi, c'était d'emballer les livres qu'on envoyait à ceux qui s'étaient engagés à acheter tous les titres des Éditions pour encourager la maison qui en 2000, n'avait que huit ans d'existence.

(Parlant d'encourager la maison, avez-vous signé la pétition pour Écosociété, qui fait l'objet de 2 poursuites pour un total de 11 millions de dollars à cause de son livre Noir Canada. Pillage, corruption et criminalité en Afrique d'Alain Deneault? Vous pouvez encore le faire en cliquant ici! Il y a aussi un appel à acheter des t-shirts ou à faire un don pour les soutenir. C'est vraiment très lourd pour l'équipe d'Écosociété, ces poursuites. Il s'agit d'une petite maison d'édition et leur travail est important.)



Donc, moi j'emballais des livres, mais comme le travail s'organisait en groupe lors de réunions et que les décisions se prenaient collectivement, j'ai pu voir ce qu'implique l'édition d'un livre (à cela s'ajoutent aussi d'autres expériences, mais je ne vous décrirai pas mon CV ce soir!).

L'évaluation des manuscrits... Parfois, un manuscrit ne répond pas au genre de la maison, à sa vision du monde. D'autres fois, oui, mais on a déjà publié sur le même thème, ça manque de recherche ou ça ne dit rien de neuf. Ou bien c'est tellement mal écrit qu'il faudrait des centaines d'heures pour rendre le tout correct. Ou bien on trouve ça intéressant, oui, mais... bof. Parfois, ça tire vers le oui, puis quelqu'un pose une question pertinente et la perspective change complètement. Ça sera un non. Ou l'inverse. Est-ce que l'auteur est connu? A un bon réseau? Ça joue aussi. Un refus d'éditeur est vraiment circonstanciel. Parce que l'éditeur (pourquoi toujours au masculin, d'ailleurs?) a une toute petite marge de manoeuvre. Dans le marché québécois, ses projets ne peuvent vivre que grâce aux subventions gouvernementales. Et il lui faut des titres qui vendent pour survivre, justifier son existence. L'éditrice (il y a aussi des éditrices!) confie souvent la lecture des manuscrits à des lecteurs et des lectrices et se garde le dernier mot. Elle planifie ses collections, cherche à se démarquer en renouvelant son graphisme... Elle réserve des places pour les nouveaux livres des auteurs qui ont déjà bien vendu chez elle. Un refus d'éditrice est vraiment circonstanciel. Mais oui, aussi, parfois les manuscrits qu'elle reçoit ne présentent pas un très grand intérêt.

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La maison d'édition fait réviser le texte. L'auteur peut voir les corrections; il peut toujours s'y opposer, mais il est mieux d'avoir de bons arguments. Puis l'éditeur ou l'éditrice fait ou fait faire la mise en page. Même pour un texte tout simple, c'est tout un travail. Vous savez, s'arranger pour qu'il n'y ait pas de gros blancs à travers les mots à cause de la justification, ni de coupures mal foutues, « proposa-t- » au bout d'une ligne et « elle » au début de la suivante? Après la mise en page vient l'étape de la lecture d'épreuves. Les épreuves, c'est l'impression du travail mis en page (le terme est aussi employé au sujet de la copie du livre fournie par l'imprimeur avant de lancer la machine pour imprimer le tirage au complet). La lecture d'épreuves consiste à relire tout attentivement pour débusquer les coquilles, mais aussi pour s'assurer de l'uniformité de l'alignement des paragraphes, des interlignes, de la pagination, de la grosseur de police, etc. Parallèlement au travail sur le texte, la maison d'édition décide du graphisme du livre, parfois en collaboration avec l'auteur, parfois non. C'est plus souvent le style déjà établi de la collection qui tranche.

L'éditrice s'entend avec l'imprimeur pour le type de papier, le format, l'encre, le nombre d'exemplaires, le prix. Bien sûr, le prix. Et les échéanciers. Les éditeurs ne font pas exceptions : ils sont tout le temps dans le jus! Il faut que le livre soit prêt pour que les journalistes qui couvrent la rentrée littéraire l'aient en même temps que les autres, pour les salons du livre, pour la tournée de conférences de son auteur... Comme toute entreprise, les maisons d'édition prennent des risques financiers, calculent, comptabilisent. Comme toute entreprise culturelle au Québec, elles font des rapports, des demandes de subventions...

Je parle en dernier du marketing, mais bien sûr son rôle est primordial. Les communiqués aux médias, les démarches pour que les auteurs passent à la radio, à la télé, les annonces dans les journaux et revues... Il me reste à faire des recherches par rapport à la diffusion. Je sais que les maisons d'édition font affaire avec des diffuseurs, qui eux présentent les nouveautés aux libraires (on peut imaginer le chaos si le libraire avait à traiter directement avec des dizaines d'éditeurs...). Il me reste à élucider si l'éditrice a une influence sur la place que le libraire fera à ses titres, étalage bien en vus ou bout de tablette discrète.

Quel beau métier! Avec tout ce travail, toutes ces étapes, le temps, l'argent et l'expertise qu'elles requièrent, on peut comprendre que les projets d'autoédition paraissent suspects. (À suivre.) 

samedi 12 février 2011

Mon roman me conscientise moi-même

Sans farces. Depuis que j'ai ressorti mon manuscrit pour en faire une dernière révision avant de le passer
à mes lectrices d'épreuves, je suis vraiment plus habitée par mes questionnements au sujet de la vie écologique, locale.

C'est que dans les dernières années, j'ai été moins engagée à ce niveau-là. Et je ne sais pas si je suis la seule à être aussi influençable, mais plus je me tiens avec des granos, des écolos, et plus mes habitudes de vie se granolisent. Et plus je me tiens avec des personnes dont le jetable, l'auto, la viande, la télé font partie de la vie, eh bien, j'imagine que je m'adapte (quoique ce n’est pas si vrai, la télé, j'y suis toujours aussi allergique). Je pense que somme toute, c'est sain : il y a des valeurs relationnelles qui peuvent faire abstraction des convictions écologistes. Pour ne pas écoeurer le monde, mais aussi parce que je suis la première à résister quand quelqu'un essaie de me changer, de me dire quoi faire, je suis plutôt le genre à ne pas commenter. De toute façon, avec mon passé au Réseau québécois pour la simplicité volontaire, les gens s'excusent d'utiliser des trucs suremballés, par exemple, avant même que j'aie pu lever (ou non) un sourcil. Tout autant je trouve essentiel d'être ouverte et sans jugement face aux personnes, tout autant je trouve nécessaire d'être radicale dans le questionnement. Par rapport à l'emballage, par exemple. Je me suis dit, en jetant le sac de plastique du zaatar bio équitable de Palestine acheté à un stand à l'UQAM, qu'il devrait tout simplement n'y avoir aucun matériau non recyclable en circulation. Et ça, ça pose un sérieux défi à la commercialisation des produits!

Quand je travaillais au Réseau, temps partiel, je gagnais environ 12 000$ par année. Je mangeais bio à 80 % -90 %. Je vivais seule, c'est vrai que mon logement n'était pas cher, tout compris ça revenait autour de 550 $. Mais quand même. Alors quand les gens disaient qu'ils ne mangeaient pas bio parce que ça coûte trop cher, je m'énervais un peu. Bon. Depuis mon retour du Guatemala en avril 2010, début de travail autonome, retour aux études, déménagement dans un nouvel appartement une grosse coche au-dessus... je me suis remise à manger des fruits, des légumes pas bio. Et puis, les pommes typiques du Québec, mes dents, mon système digestif ne les aiment pas. Trop acides, ça me fait mal.

C'est là que ça me questionne. Pour être plus conséquente, je pourrais :
  • me trouver un producteur de pommes plus douces (genre Royal Gala) bio ou du moins du Québec, et en acheter quelques kilos à la fois, à l'automne?
  • me remettre à faire des pousses (tournesol, cresson...) et des germinations (luzerne, trèfle, etc., etc.). Bonne idée, ça, ça serait réalisable tout de suite.
  • me renseigner sur les plantes que prenaient les Amérindiens pour ne pas avoir le scorbut, et ainsi pouvoir manger moins de fruits frais et rester en santé?

C'est sûr que tout cela demande du temps. Ça repose encore une fois la question des priorités. Et du sens de la vie. Et de la finitude de la planète.

Je trouve utile de poser les questions, parce que « Demandez et vous recevrez », c'est puissant.

Tout ça pour dire que ça m'encourage sur la pertinence d'un roman écologiste, sur l'impact réel que ça peut avoir sur les lecteurs. Une petite contribution motivationnelle aux grands changements auxquels nous avons à nous atteler.

Bonne journée dans la joie!

lundi 7 février 2011

Pire est la situation et plus je jubile...

Dans Cité Carbone Quand s'effrite le diamant, c'est la crise. Tout est désorganisé, il y a des gardiens armés aux portes des épiceries où une boîte de soupe coûte 15$, toutes les voitures arborent une pancarte « À vendre » étant donné l'absurdité du moyen de transport quand il n'y a plus pétrole sur le marché ou qu'il coûte vraiment trop cher.
Créer un récit comme ça, c'est vraiment marrant. En tant qu'auteure, pire est la situation et plus je jubile.
Mais pour le vrai, est-ce qu'il va y avoir une telle crise? Va-t-il falloir que je me contente de pousses de tournesol comme légumes verts, en hiver, parce qu'il ne sera plus possible d'importer des laitues du Mexique? Va-t-il falloir que nous installions un poêle de fortune dans mon appartement pour y brûler des déchets, parce que l'électricité, dans une société néolibérale, sera devenue trop chère? Peut-être va-t-on s'adapter tranquillement, pour la plupart, et que ce sont seulement « les pauvres » qui vont écoper et se retrouver dans des bidonvilles... Mais, comme le disait Serge Mongeau, on est déjà dans la crise. C'est vrai que c'est triste, les autoroutes de centres d'achat, un peu partout, au lieu de paysages naturels ou humains.
MAIS... je ne suis vraiment pas en faveur scénarios anxiogènes, la vie est déjà assez difficile comme ça et l'équilibre mental et émotionnel, un défi de tous les jours. Mon souhait, avec Cité Carbone, c'est que ça incite à prendre soin des liens humains, à prioriser l'essentiel et à en développer, des habiletés d'autosuffisance, même en ville. À être le changement qu'on veut voir advenir dans le monde (Gandhi), à poser attention et énergie sur ce qui fonctionne, ce qui vivifie, ce qui nourrit le corps, le coeur et l'âme.
Cette attitude est tellement importante. Que les militants agressifs et revanchards aillent se faire donner un massage!
Ce qui m'amène à vous parler une première fois d'Aliments d'ici, un collectif vraiment sympathique qui organise plein d'activités pratiques autour de l'alimentation locale, saine et abordable. Et du beau monde, à part de ça, inclusif, plein d'humanité et de joie de vivre. Je vous les recommande fortement, et j'en reparlerai sûrement.

samedi 5 février 2011

Pourquoi « Les Humbles Éditions »

Ma maison d’édition s’appelle Les Humbles Éditions. Pourquoi? Eh bien… Quels sont les contraires de l’humilité? Dit autrement, à quelles calamités l’humilité est-elle un antidote? Orgueil. Perfectionnisme. Égocentrisme. Toutes des qualités d’artiste!

Moi, j’ai commencé à écrire des histoires quand j’avais huit ans. J’avais du talent et, à l’école, les profs étaient admiratifs. Au secondaire, j’ai participé à plusieurs concours d’écriture et… j’en ai gagné plusieurs. À 15 ans, une année, avec deux concours, 1500 mots, je me suis fait 1500 $ (en 1994!). Tout ça pour dire que dans ma tête, c’était facile. Il suffisait que j’écrive pour être reconnue, et en plus pour gagner de l’argent. (Hi! hi!)

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J’ai pris ma première débarque quand j’ai participé, à 16 ans, à un concours de nouvelles qui avait lieu quelque part en France. Il fallait envoyer quatre nouvelles de dix pages. J’ai tout écrit ça, tout envoyé ça, et je n’en ai plus jamais entendu parler. Bon.

Au cégep, en Arts et Lettres, puis à l’université, en Études littéraires, on lit évidemment des auteurs reconnus, ou méconnus mais géniaux. J’avais encore la chance d’écrire des chefs-d'œuvre, d’être publiée chez Gallimard ou aux Éditions de Minuit (mais oui, en France! Y a rien de trop beau!). Mais il y avait urgence. Après tout, j’avais entendu dire qu’à 18 ou 20 ans, Camus était déjà rédacteur en chef d’un journal (je viens d’aller vérifier ça, je pense que c’était de la foutaise…). Rien que pour dire que je me comparais aux plus grands, qu’il fallait que mes textes soient à la hauteur.

Après mon bac, j’ai écrit un récit d’autofiction. Ma première œuvre! Cent pages! Il est encore dans mon classeur. Deux amies l’ont lu, plus un adulte mûr qui m’en a fait une critique plate. QUOI? Il ne suffisait pas que j’écrive pour que ce soit acclamé unanimement? J’avais remis mon texte à un éditeur, un jeune éditeur charismatique que je connaissais. Mais sa maison a mis fin à ses activités et je ne l’ai jamais relancé. La honte.

Eh bien, j’ai appris que la honte, c’est une manière d’orgueil déguisé. Une blessure d’ego. Si je ne voulais pas briller aux yeux de tous, qu’est-ce que ça pourrait bien me faire, qu’on n’aime pas mon truc? Si je n’étais pas prise dans mon nombril à espérer gloire et égards, je serais plus ouverte à la critique…

L’humilité, donc. J’aime voir l’humilité comme une forme de justesse : être qui je suis, ni plus, ni moins. Ne pas me prendre pour une autre, et laisser faire aussi la fausse modestie.

J’AI PEUR DE LA CRITIQUE! C’est certain. JE VEUX QU’ON M’AIME! Bien oui. Alors, ça serait beaucoup plus sûr de ne jamais faire lire mon roman à personne, en continuant de rêver qu’il gagne un Goncourt ou un Nobel…

Hier une connaissance m’a dit :
– Tu vas publier ton livre! Est-ce que c’est un bon éditeur? 
Je rigolais.
Oh oui, excellent éditeur. C’est moi-même.
Ah…

Bien sûr que j’aurais aimé avoir l’appui d’un éditeur. Quelqu’un qui croit en mon roman, qui mise sur lui. Et qui prend en charge révision, graphisme, impression, marketing et investissement financier. J’ai fait deux rondes avec mon manuscrit, complètement réécrit la deuxième fois. Une dizaine d’éditeurs, ça revient à une centaine de piastres (impression et timbres). Et ça a pris jusqu’à plus de douze mois pour avoir toutes les réponses. Peut-être qu’en ciblant mieux les éditeurs, en continuant d’envoyer mon texte pendant cinq, dix ans, ça finirait par fonctionner.

Mais il demande à naître, maintenant, pas dans dix ans! Alors, humilité de publier à compte d’auteur, de renoncer à la honte et d’accepter la chose, avec simplicité. Oui, c’est un peu une épreuve pour transcender la honte, pour coucher l’ego un tout petit peu. Dégonfler ses exigences de grandeur et vivre dans la réalité.  (Mais, en passant, c'est assez plaisant comme processus. Je m'amuse bien! et ça engendre de beaux échanges.) Mon roman n’est pas parfait, mais rassurons-nous : les trois personnes qui ont lu la dernière version ont eu plaisir à le faire.

J’avais peur de lire ton roman, Jacinthe, parce que je craignais de ne pas aimer ça et de ne pas savoir comment te le dire. Mais j’ai aimé ça! m’a dit l’une.

Il y en a qui retournent au cinéma pour voir une deuxième fois un film qu’ils ont aimé, m’a dit une autre. Moi, je veux relire ton roman.

Ouf!

Alors, les Humbles Éditions, parce qu’elles envoient dans le monde ce roman tel qu’il est, ni plus, ni moins. Et qu’elles consentent à ce qu’il fasse son chemin, sans garantie de rien. Comme des parents qui diraient à leur enfant : « Tu as ta place dans le monde. Nous, on croit en toi. Peu importe ce que les autres diront. »

P.S. Je viens de me rendre compte en écrivant que "Les Humbles Éditions", ça a quelque chose de pompeux. Comme c'est comique! De toute évidence, il me reste encore un peu d'humilité à acquérir.