J'ai eu l'occasion de découvrir d'un peu plus près le travail d'édition dès ma première session d'université : j'avais participé au comité qui organisait le concours Nouvelles fraîches et publiait le recueil des nouvelles gagnantes. Il y avait dans ce comité un homme d'expérience, Gaston Tremblay, qui nous aiguillait afin que le travail soit professionnel. Puis j'ai travaillé aux Éditions Écosociété. Pour tout dire, mon travail à moi, c'était d'emballer les livres qu'on envoyait à ceux qui s'étaient engagés à acheter tous les titres des Éditions pour encourager la maison qui en 2000, n'avait que huit ans d'existence.
(Parlant d'encourager la maison, avez-vous signé la pétition pour Écosociété, qui fait l'objet de 2 poursuites pour un total de 11 millions de dollars à cause de son livre Noir Canada. Pillage, corruption et criminalité en Afrique d'Alain Deneault? Vous pouvez encore le faire en cliquant ici! Il y a aussi un appel à acheter des t-shirts ou à faire un don pour les soutenir. C'est vraiment très lourd pour l'équipe d'Écosociété, ces poursuites. Il s'agit d'une petite maison d'édition et leur travail est important.)
Donc, moi j'emballais des livres, mais comme le travail s'organisait en groupe lors de réunions et que les décisions se prenaient collectivement, j'ai pu voir ce qu'implique l'édition d'un livre (à cela s'ajoutent aussi d'autres expériences, mais je ne vous décrirai pas mon CV ce soir!).

Donc, moi j'emballais des livres, mais comme le travail s'organisait en groupe lors de réunions et que les décisions se prenaient collectivement, j'ai pu voir ce qu'implique l'édition d'un livre (à cela s'ajoutent aussi d'autres expériences, mais je ne vous décrirai pas mon CV ce soir!).
L'évaluation des manuscrits... Parfois, un manuscrit ne répond pas au genre de la maison, à sa vision du monde. D'autres fois, oui, mais on a déjà publié sur le même thème, ça manque de recherche ou ça ne dit rien de neuf. Ou bien c'est tellement mal écrit qu'il faudrait des centaines d'heures pour rendre le tout correct. Ou bien on trouve ça intéressant, oui, mais... bof. Parfois, ça tire vers le oui, puis quelqu'un pose une question pertinente et la perspective change complètement. Ça sera un non. Ou l'inverse. Est-ce que l'auteur est connu? A un bon réseau? Ça joue aussi. Un refus d'éditeur est vraiment circonstanciel. Parce que l'éditeur (pourquoi toujours au masculin, d'ailleurs?) a une toute petite marge de manoeuvre. Dans le marché québécois, ses projets ne peuvent vivre que grâce aux subventions gouvernementales. Et il lui faut des titres qui vendent pour survivre, justifier son existence. L'éditrice (il y a aussi des éditrices!) confie souvent la lecture des manuscrits à des lecteurs et des lectrices et se garde le dernier mot. Elle planifie ses collections, cherche à se démarquer en renouvelant son graphisme... Elle réserve des places pour les nouveaux livres des auteurs qui ont déjà bien vendu chez elle. Un refus d'éditrice est vraiment circonstanciel. Mais oui, aussi, parfois les manuscrits qu'elle reçoit ne présentent pas un très grand intérêt.
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La maison d'édition fait réviser le texte. L'auteur peut voir les corrections; il peut toujours s'y opposer, mais il est mieux d'avoir de bons arguments. Puis l'éditeur ou l'éditrice fait ou fait faire la mise en page. Même pour un texte tout simple, c'est tout un travail. Vous savez, s'arranger pour qu'il n'y ait pas de gros blancs à travers les mots à cause de la justification, ni de coupures mal foutues, « proposa-t- » au bout d'une ligne et « elle » au début de la suivante? Après la mise en page vient l'étape de la lecture d'épreuves. Les épreuves, c'est l'impression du travail mis en page (le terme est aussi employé au sujet de la copie du livre fournie par l'imprimeur avant de lancer la machine pour imprimer le tirage au complet). La lecture d'épreuves consiste à relire tout attentivement pour débusquer les coquilles, mais aussi pour s'assurer de l'uniformité de l'alignement des paragraphes, des interlignes, de la pagination, de la grosseur de police, etc. Parallèlement au travail sur le texte, la maison d'édition décide du graphisme du livre, parfois en collaboration avec l'auteur, parfois non. C'est plus souvent le style déjà établi de la collection qui tranche.
L'éditrice s'entend avec l'imprimeur pour le type de papier, le format, l'encre, le nombre d'exemplaires, le prix. Bien sûr, le prix. Et les échéanciers. Les éditeurs ne font pas exceptions : ils sont tout le temps dans le jus! Il faut que le livre soit prêt pour que les journalistes qui couvrent la rentrée littéraire l'aient en même temps que les autres, pour les salons du livre, pour la tournée de conférences de son auteur... Comme toute entreprise, les maisons d'édition prennent des risques financiers, calculent, comptabilisent. Comme toute entreprise culturelle au Québec, elles font des rapports, des demandes de subventions...
Je parle en dernier du marketing, mais bien sûr son rôle est primordial. Les communiqués aux médias, les démarches pour que les auteurs passent à la radio, à la télé, les annonces dans les journaux et revues... Il me reste à faire des recherches par rapport à la diffusion. Je sais que les maisons d'édition font affaire avec des diffuseurs, qui eux présentent les nouveautés aux libraires (on peut imaginer le chaos si le libraire avait à traiter directement avec des dizaines d'éditeurs...). Il me reste à élucider si l'éditrice a une influence sur la place que le libraire fera à ses titres, étalage bien en vus ou bout de tablette discrète.
Quel beau métier! Avec tout ce travail, toutes ces étapes, le temps, l'argent et l'expertise qu'elles requièrent, on peut comprendre que les projets d'autoédition paraissent suspects. (À suivre.)